Le chartreux et son histoire

•Ses origines

 

Il est difficile d'évoquer le Chat des Chartreux sans se remémorer les origines du chat en général.

Bref aperçu des origines du chat :

Si l'origine du chat remonte au Néolithique (Jéricho, + de 9000 ans), sa présence sur le continent Européen est beaucoup plus récente.

Les premiers chats domestiques seraient arrivés sur des bateaux phéniciens (environ 7000 ans av.J.C.) d'abord en Grèce puis en Crète.

On trouve sa trace en Egypte à partir de 1567 av.J.C. En l'an 30 av.J.C., l'Egypte devient une province de l'empire romain, les soldats lors de leurs permissions rapportèrent des chats en Italie. Le chat progressa en Europe au gré des conquêtes romaines. Ils seraient arrivés en France au 1er siècle ap.J.C.

Le Moyen-âge (476 à 1453) faillit lui être fatal. L'église catholique accusait de sorcellerie les pratiquants de rites païens, le chat personnifiait le diable. Des milliers de femmes furent accusées de sorcellerie et brûlées avec leurs chats.

Au 14ème siècle, le chat était pratiquement éliminé lorsque survinrent les épidémies de peste. Les autorités ecclésiastiques permirent alors la présence des chats dans les couvents afin d'éliminer les rats. Le repeuplement rapide des colonies de rats constitua un véritable fléau. Seuls les chats pouvaient en venir à bout. La reconnaissance des qualités de chasseurs de rats du chat se pérennisera au fil du temps. C'est ainsi qu'au temps de Colbert (17ème siècle), la formule des permis de navigation était ainsi libellée : "Ce navire est en état de naviguer ; il y a deux chats à bord".

On peut raisonnablement penser que les meilleurs d'entre eux furent sélectionnés pour cet emploi, or les qualités de chasseurs de rats du chat des Chartreux seront spécifiées dans tous les écrits qui lui seront consacrés. Ceci explique peut-être la constitution de colonies de chats "gris-bleu" dont font état les documents sur cette race.

•17ème Siècle

 

 "Des recherches remontant jusqu'au XVIIème siècle ont d'ailleurs montré qu'en Auvergne et dans certains quartiers de Paris vivaient alors quelques groupes de chats gris-bleus que les gens du peuple nourrissaient. Ces pauvres chats, victimes de la beauté de leur pelage bleu, connaissaient un sort peu enviable. Les pelletiers confectionnaient des robes de chambres et des parures avec la fourrure du Chartreux....mais le malheureux chat qui était en général bien dodu finissait à la casserole." (extrait du livre de J. Simonnet).

 La présence de colonies de chats gris-bleu dans les quartiers centraux de Paris se confirme.

Quelques chats "gris-bleu", mieux lotis que ceux évoqués par J. Simonnet, eurent le privilège de vivre auprès de dames de la bonne société parisienne. Deux d'entre-elles laissèrent des témoignages de leur attachement à leurs chats.

Lors du percement du boulevard Henry IV (XIXème siècle), on retrouva le mausolée de Ménine dans les vestiges des jardins de l'hôtel particulier de Mme de Lesdiguières qui avait été démoli antérieurement à ces travaux.

Nul ne sait ce qu'il advint du mausolée.

Emplacement de l'hôtel Zamet-de Lesdiguières : Il se trouvait entre ce qui correspond actuellement au n°8 de la rue de la Cerisaie et le n°9 de la rue St-Antoine (ref : nomenclature des rues de Paris)

Mme Deshoulières (Antoinette du Ligier de la garde 1638/1694) :

Femme de lettres, auteur de nombreux écrits dans des domaines forts différents les uns des autres (odes, élégies, poésies religieuses).Elle tenait salon Rue de l'homme armé dans le quartier du Marais (correspond de nos jours à une portion de la rue des archives. La rue de l'homme armé était entre les rues Ste croix de la Bretonnière et des blancs manteaux. Au n°44 de l'actuelle rue des archives : emplacement de l'ancien cabaret de l'homme armé, trace de l'inscription de l'ancien nom de cette section de la rue. Ceci a son importance, comme nous le verrons par la suite.

Mme Deshoulières aimait les chats et n'hésitait pas à correspondre en vers sous l'identité de sa chatte Grisette. Elle alla même jusqu'à écrire une tragédie lyrique en 1688 "Les chats ou la mort de Cochon" relatant les amours impossibles de Grisette avec un chien prénommé "Cochon" (Chien du maréchal de Vivonne). Elle disait aussi, parlant de sa chatte : "Quand mon mari s'absente, Grisette me suffit !"

Mme De Lesdiguières :

Paule-françoise-Marguerite de Gondi devint duchesse de Lesdiguières par son mariage en 1676 avec le Maréchal et connétable de France le Duc de Lesdiguières. Elle habitait l'hôtel de Zamet-de Lesdiguières situé à proximité de la Bastille à Paris.

A la cour de Louis XV, les chats angora aux poils longs et soyeux étaient en vogue. Mme de Lesdiguières n'en avait cure. Elle n'avait d'yeux que pour Ménine sa chatte grise aux yeux dorés. Rien n'était trop beau pour cette chatte. Ainsi lorsqu'elle mourut à l'âge de 8 ans (1684), sa maîtresse commanda à un sculpteur de renom, un tombeau. Ménine y était représentée, sculptée dans du marbre noir, couchée sur un couffin de marbre blanc et fit composer son épitaphe par le secrétaire perpétuel de l'académie française, l'abbé Régnier-Desmarais :

 

"Cy gist une chatte jolie.

Sa maîtresse, qui n'aima rien,

L'aima jusques à la folie.

Pourquoi le dire? On le voit bien." 

De quoi faire taire les mauvaises langues !

Elle fit installer le mausolée dans les jardins de son hôtel particulier.

C'est dans "histoire des chats" (1727, page 89) que Paradis de Moncrif évoque le tombeau de Ménine avec, en illustration, une gravure de Coypel qui nous permet de nous rendre compte de l'aspect de la chatte.

•18ème Siècle

 

Au siècle des lumières, au fur et à mesure que l'esprit philosophe et encyclopédique se développe, le goût de l'élégance et des beaux objets s'étend jusqu'aux rangs de la bourgeoisie.

Cette évolution nous offre aussi beaucoup plus d'éléments concernant le chat des Chartreux.

Quelques grandes dates :

1723 : IL PREND LE NOM DE "CHAT DES CHARTREUX"

SAVARY DES BRUSLON fait mention pour la première fois du nom de Chat des Chartreux dans le "Dictionnaire universel du commerce, d'histoire naturel et des arts et métiers" :

"Chartreux : le "Vulgaire" (c'est à dire les gens du peuple) nomme ainsi une sorte de chat qui a le poil tirant sur le bleu. C'est une fourrure dont les pelletiers font négoces.".

1735 : IL EST IDENTIFIE COMME ETANT UNE RACE DISTINCTE

CARL VON LINNE (1707/1778), dans son ouvrage "Systema naturae" distingue le Chartreux des autres races :

Felis catus domesticus (le chat domestique tigré)

Felis catus coeruleus (le chat bleu = chat des Chartreux)

felis catus hispanicus (le chat d'Espagne)

felis catus angorensis (le chat d'angora)

1745 et 1747 : Jean-Baptiste PERRONNEAU (1715/1783), rival de Quentin de la Tour, sa clientèle est essentiellement issue de la bourgeoisie. A deux reprises, il portraitise des chats des chartreux :

1745 : Il exécute un pastel dénommé : "Jeune fille au chaton" (Ref : National Gallery de Londres)

 

1747 : Il peint un autre tableau représentant un chat des Chartreux et une dame de la bourgeoisie : "Mme Magdaleine Pinceloup de la grange". Ce tableau fut acquis par le Paul Guéty muséum (Malibu-Los-Angeles) en provenance d'une vente anonyme le 15/03/1984 à la galerie des ventes d'Orléans).

 

   La ressemblance avec notre Chat des Chartreux actuel est étonnante  

1748 : DIDEROT (1713/1784) Dans son livre "Les bijoux indiscrets" : (Extrait) "Prince lui dit-elle, embarrassée de ses reproches, sans mes trois bêtes, mon serin, ma Chartreuse et Callirhoe, je ne vaux rien."

1756 : BUFFON (Georges Louis Leclerc, comte de Buffon 1707/1788) l'a référencé dans son ouvrage sur le monde animal  "Histoire naturelle, tome IV" "Il décrit le chat des Chartreux comme étant une race distincte du chat Européen et du chat Angora. La description est précise. Il le compare aux autres races, il décrit un animal plus court que le chat domestique avec une tête à nez droit, avec un poil un peu plus long que celui du chat domestique et à caractère laineux, la queue est portée droite et pointue au bout".

1758 : ENCYCLOPEDIE OU DICTIONNAIRE RAISONNE DES SCIENCES, DES ARTS ET DES MATIERES par DENIS DIDEROT et JEAN LE ROND D'ALEMBERT.

Concernant le CHARTREUX, il y a trois définitions. Si la première n'a aucun rapport avec notre chat :

- Sim (Hist. Ecclés.) ordre de religieux institué par St Bruno en 1086, et remarquable par l'austérité de la..

La seconde, le concerne directement :

(Histoire naturel) Sorte de chat dont le poil est d'un gris cendré tirant sur le bleu. C'est une des peaux dont les pelletiers font négoce, et qu'ils employent dans les fourrures.

- CHARTREUX (pelle de) Commun. Espèce de laine très fine, que nos manufacturiers en draps et autres étoffes tirant d'espagne. Voyez le dictionnaire de commerce (Voir 1723 - Savary des Bruslon)

1759 : Le dictionnaire raisonné et universel des animaux indique : "On nomme à Paris, chat des Chartreux, ceux qui sont entièrement de couleur cendrée".

 

 

•19ème Siècle chartreux

 

chacun connaît le rôle joué avant guerre par les demoiselles Léger dans les premières tentatives de sélection humaine à partir des chats bleus de Belle-île avec la première Mignonne de Guerveur .
Cette première génération de chartreux n'a malheureusement pas laissé de descendance connue dans nos lignées actuelles .
- d'autres éleveurs jouèrent le même rôle , dans le Massif Central notamment , utilisant d'abord pour reconstituer la race chartreuse des chats bleus dits "feral" qu'ils croisèrent avec du persan, et, par la suite , pour pallier de graves problèmes de consanguinité, à du british blue , ou du bleu russe et de l'européen bleu ou noir porteur de dilution. Un subtil mélange qui redonna un chat bleu, massif, laineux et robuste, aux yeux d'or. Citons notamment les élevages de : Trévise, Chantelauze, Andeyola, Fernine, Saint-Pierre ... .
Tous nos chartreux actuels sont les descendants de ces premiers chartreux. Les demoiselles Léger importèrent à trois reprises des chats du continent (Calou de Trévise, Titus de Saint-Pierre et Pussy-Prince de Fernine ) pour les introduire comme étalons dans leurs lignées.
- cependant, les Britanniques, avec le talent qu'on leur connaît dans le domaine de l'élevage , travaillèrent de leur côté et le "chartreux anglais" ( issu lui aussi de croisements entre européens et persans ) entra en concurrence avec le chartreux français au point de l'évincer, notamment dans le milieu des expositions félines.
- en 1970 , la Fédération Internationale Féline décida donc de réunir sous un même standard le chartreux français et son homologue anglais le British Blue.
- Cependant, le type du BB (plus cobby, au nez plus court et stoppé) différait quelque peu de celui du chartreux français traditionnel, considéré comme race naturelle authentique dans la thèse présentée par Jean Simonnet en 1972 et 74. La Fifé s'inclina et sépara de nouveau les deux standards en 77. Les croisements entre les deux races furent dorénavant "déconseillés " par la FIFé.
- Forts de ce succès , les tenants du "vrai " chartreux , regroupés sous l'égide de Jean Simonnet, entreprirent de défendre les lignées présumées exemptes d'hybridation et notamment de sang british , couramment appelées " hautes lignées" . Le mythe du "pur chartreux" était né ! Tout chat convaincu d'ascendance british, proche ou lointaine, fut évincé par les instances du Club du Chat des Chartreux.
- les premières banques de données , notamment celles d'Alfons Götz et de Peter Rooney , http://www.chartreux-pedigree.de/ http://www.etoiledusoir.com/pedigreedb.php marquèrent un nouveau tournant rappelant des réalités incontournables sur l'histoire de la race et les problèmes liés à l'appauvrissement du pool génétique ( diminution du gabarit et de la fécondité , baisse immunitaire, résurgence des tares ... ).
- Beaucoup, par ailleurs, pour des raisons variées, avaient continué à défendre et à travailler des lignées moins restreintes. Au fil des générations, force était de constater que les chartreux obtenus étaient tout aussi appréciés des juges et du public et reconnus par le LOOF, Livre Officiel des Origines Félines ( regroupant depuis 1999 les anciens livres d'origine de la Fédération Féline Française et des clubs indépendants français ).
- Le LOOF, de son côté, considérant que le pool génétique de la race était suffisant , interdit les mariages autres que chartreux / chartreux, autorisant cependant depuis 2007 l'apport de sang neuf par le biais des RIA et des RIEX.
http://www.loof.asso.fr/loof/racine/default.asp?num=965&id=169&art_cat=&show_all=0&archive=0&page=1
Enfin, depuis 2008, les pedigrees étrangers devraient être conformes aux normes du LOOF pour être reconnus pas le LOOF.
- Toutes les conditions étaient désormais réunies pour la création d'un club de race unitaire et résolument tourné vers l'avenir.
- Et c'est ainsi qu'est né le Cercle des Amis du Chartreux, de la volonté passionnée d'un petit groupe d'amateurs, éleveurs ou particuliers, de voir reconnue à part entière la race chartreuse afin de la préserver et de l'améliorer.

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Date de dernière mise à jour : 2012-11-12